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Dans les yeux d'un enfant

Dans les yeux d’un enfant
Je me souviens du jour où j'ai décidé. Il pleuvait depuis deux mois. Des pluies fétides et lourdes, porteuses de fièvres. J'habitais avec ma mère le grand camp sous les autoroutes, dans le quartier des tentes. Le soir, des nuées de gamins se glissaient sous les grilles, près du canal. Nous grimpions sur les talus détrempés jusqu'au bord de l'autoroute. Et là, nous regardions passer les voitures.
De l'autre côté des
autoroutes, j'ai vu s'allumer les grandes tours des Beaux Quartiers. Aucun d'entre nous n'y était jamais entré, mais les vieux en parlaient souvent. Ils se vantaient d'y avoir travaillé, autrefois. À les écouter, on aurait cru que là-bas, les gens n'avaient jamais froid, jamais faim et qu'ils ne connaissaient pas la fièvre. C'était comme un rêve.
C'est là, accroupi sous la pluie
tiède, le derrière dans la boue, que j'ai décidé de visiter un Beau Quartier. Une fois dans ma vie. Il devait bien exister un moyen d'y arriver. Il fallait que je demande au vieux Sylla. Il devait savoir ça.


Dès le lende
main, je me rendis à la tente du vieux Sylla. C'était un endroit sombre. Très sombre. Avec des objets de toutes sortes qui pendaient de tout part. Et au passage du vent des bruits se faisaient entendre. Un peu hésitante, je pris quand même mon courage à deux mains et entra afin d'apercevoir une faible lueur de lumière, ne serais-ce que pour tenter de trouver le vieux Sylla. Puis enfin, parmi cette noirceur, je l'aperçus sur son fauteuil, se balançant et marmonnant des choses incompréhensibles à l'oreille humaine.
Je m'avança lentement
, m'agenouilla près de lui et lui dis :
« -
Bonjour grand Sylla, je suis si contente de vous trouver ici. On m'a tant parlé de vous. L'on m'a dit que vous savez tant de choses ! Tant sur la vie... sur le monde qui nous entoure... sur ... le monde de l'autre coté de l'autoroute..., terminais-je un peu timidement.
- Eh bien ma fille, co
mmença t-il, en effet j'en ai vu des choses. De belles comme de moins belles...
-
Mais dis moi grand Sylla, repris -je, j'aimerais tant voir de belles choses, comme celles que tu as vu. J'aimerais tant découvrir cet endroit. Ce monde, si j'ose l'appeler ainsi, parait si différent de là où nous vivons. Qui parait beaucoup plus joyeux qu'ici.
- Cela
dépend de quel regard que tu portes sur cette ville... Que veux tu savoir précisément ?
- Je voudrais savoir comment y aller, répondis – je fermement.
-
Eh bien, il y a plusieurs chemins. Mais je te conseillerais quand même celui qui passe sous l'autoroute.
- Un che
min sous l'autoroute ? le questionnais-je.
- Plus précisément c'est un grand
canal, un grand tunnel. C'est un raccourci et c'est moins dangereux que de passer sur l'autoroute ou sur le pont.
- Sur le pont ? P
ourquoi cela ne serait-il pas favorable ?
- C'
est un pont vieux, très vieux, plus vieux même de plusieurs générations qui passe au-dessus de l'autoroute, mais qui malheureusement n'a jamais été rénové.
- Je peux le prendre ! dis-je
d'une voix toute excitée. S'il n'est pas encore tombé... ça ne sera pas pour demain...
- Ma
is...
- Ne vous en faite pas, dis-je en l'inte
rrompant, merci beaucoup de m'avoir aidé. Je dois y aller, je pars dès demain. Grand merci Mr Sylla.
- Mais faite attention ma petite et qu
e Dieu te protège. »
Je lui adressa un sourire
et m'en alla convaincu que demain serait un grand jour pour moi. Je décidai d'emmener pour mon grand voyage de découverte un sac assez léger, avec une bouteille d'eau et mon blouson que ma mère m'avait confectionné. Et dès demain matin, quand le soleil sera assez haut dans le ciel, je partirais. Mais ce soir je dois dormir et prendre des forces car on ne sait jamais ce que demain nous réserve...


Je
ne réussi presque pas a dormir, trop existée à l'idée de la journée qui m'attendais. Environ à 2h/3h, je décidai de partir avec la résolution de passer sur le pont. Je traversai le grand camp, là où nous sommes situé sous l'autoroute, pour atteindre dans un premier temps une échelle qui mène à l'autoroute et dans un second temps, atteindre l'escalier qui me permettra d'arriver au pont. En montant l'échelle, je remarquai le canal que le vieux Sylla m'avait recommandé de prendre. Je me suis arrêté un instant hésitante une seconde à l'empreinte et sans rancune, j'ai continué à monter l'échelle. Mon c½ur commença à battre de plus en plus en vite, comme si je prenais conscience que j'arrivais petit à petit à mon but. J'atterris directement devant l'autoroute. Ce qui me fi brusquement faire un pas en arrière a cause des voitures qui roulaient si proche de moi et roulaient si vite. Comme s'ils avaient le feu aux fesses ! Et lorsqu'elles passaient, le vent fouettait mon visage à une allure que j'arrivais à peine à ouvrir les yeux. Je me suis accroupi donc et j'ai essayé d'apercevoir le pont. Et c'est là que je l'ai aperçu. Assez petit. Tout chétif. Ballotant de gauche a droite. Et de là ou j'étais, il paraissait en bois.
« Après tout, il ne f
aut pas se fier aux apparences... murmurais-je en mon fort intérieur »
Je pris mon courage à
deux mains et je m'approchai de l'escalier qui menait au pont. L'escalier lui-même craquait sous mes pas, ce qui cependant ne me rassura pas à ce qui m'attendais sur le pont...au dessus des voitures...qui filaient à toute allure... Arrivée tout en haut, donc sur le pont, je le traversai avec beaucoup plus de facilité que je ne l'aurais imaginé.


Descendu du pont,
j'arrivai à une petite ruelle, très sombre malgré la luminosité du soleil de midi, et toute sale. Arrivée au bout du tunnel, je me suis arrêté devant la splendeur qui s'offrait a moi. Une énorme place se présentait devant moi, avec pleins de monde qui marchaient, allant à gauche, à droite, se croisant. Oui, c'était une énorme place, avec au centre une grande fontaine en forme de dauphins et l'eau jaillissait de tout part. Tout autour, des arbustes y étaient si joliment plantés et quelques personnes, qui respiraient tranquillement la joie de vivre, étaient assises sur des bancs. Des magasins délimitaient la place, tous de différentes tailles, grands, petits, larges, étroits, et toutes les couleurs ornaient les murs et les vitrines, du jaune, du doré, argenté, et du vert, du bleu , du orange, du rouge aussi. Je décidai donc de faire le tour des magasins pour voir de plus près à quoi ils ressemblaient


Le pre
mier magasin que je vis était si grand et l'intérieur paraissait si chaleureux, doux, apaisant, et aspirant la joie, le bonheur. Sa vitrine était décoré avec de beaux rideaux rouge, semblable à de la soie, ainsi que des petits coussins bien moelleux, également rouge qui supportaient diverses objets. Je n'ai pas osé y entrer et j'ai entrepris de faire encore le tour. Quelques magasins plus loin, je suis tombée sur une terrasse où se présentait des tables rondes et des chaises et des personnes mangeaient, buvaient, rigolaient. Les gens étaient si heureux ! J'avais envie d'entrer et de rire avec eux, mais je me suis tourné et commencé à repartir quand une dame m'interpella. Je me retournai brusquement, et la vis à quelques mètres de moi me fixant du regard.
« - Oui ma petite
! C'est bien toi que j'appelle, me dis t-elle. Viens ! »
Je m'approchai lentement e
t la tête baissée je lui dis :
« - Oui...oui madame ? D
is-je d'une voix tremblante. Vous m'avez appelé ?
- Oui c'est bien cela, me répondit –elle. J
e t'ai aperçus à l'entrée... et...
- ...
- Mai
s dis moi, ou sont tes parents ? me demanda t-elle.
- ...
- ... As-tu faim ? »
Je levai alor
s les yeux timidement.
« - Tiens, ceci est po
ur toi. »
Elle me
fis un énorme sourire et tendis un pain au chocolat. Et d'un signe de la main, m'invita à m'asseoir. J'enleva mon blouson et m'assis a l'une des ces élégantes tables. Et d'ailleurs, je n'avais pas remarqué a qu'elle point j'avais faim. Ensuite, elle m'apporta un chocolat chaud et s'assit en fasse de moi. Elle commença à me parler si gentiment, me racontant des moments si rigolote de sa vie. Je commence à croire que les gens de cette ville sont aussi chaleureux et agréable les uns que les autres.
Ap
rès quelques minutes, je lui dis au revoir et continua ma visite. Un autre magasin m'interpella. Plus précisément un magasin de jouet. Sa vitrine était si grande et de dehors les jouets debordaients des vitrines. Je m'appuyai contre la vitre et avec des yeux énormes, des yeux remplis d'espoir et si heureuse de voir ces belles choses, je contemplai les jouets.


Toute contente d
'avoir fait le tour je m'assis sur un banc et là, un clown s'approcha de moi et me fis tellement rire que je pense que je m'y souviendrais toute ma vie. Et puis avant de partir il m'offrit un de ses ballons. Autour de moi les enfants couraient partout, les gens continuaient à se balader. Et c'est a ce moment la que je vis que derrière la place, la ville continuait. Je décidai d'y aller. Je passai par une rue ou il y avait de hauts bâtiments, de grandes tours, des panneaux partout, des gens beaucoup plus pressé, et aussi des voitures. Je remarquai alors au bout de dix minutes de marche que la nuit était tombée. Et pour dire vrai, je ne me souvenais plus de la ou je venais. Il y avait tant de rues. Partout ! Qui de croisaient, s'entrecoupaient. Je ne savais plus ou donner de la tête. Je voulus demander le chemin mais les gens m'ignoraient. Je me sentis soudainement bien seule. Bien seule dans une grande ville. Une boule progressivement me serra la gorge voulant a tout prix retenir les larmes sortaient. Mon c½ur se mit à battre de plus en plus vite. Pleins d'images se bousculaient dans ma tête. Des images de tout mon parcours jusque la, pour arriver dans cette ville. Et la, au milieux de la ville qui était toujours vivante après la tombée du soleil, j'éclata en larmes. C'était bien la seule chose capable de faire maintenant. Et la, quelqu'un me pris dans ses bras. J'ouvris les yeux, et vis ma mère. Elle murmura qu'elle m'avait enfin retrouvé et qu'elle en était heureuse.


Voila la fin de m
on voyage, ma mère me ramena a la maison. Et je pense que même si cela c'est terminé en larmes, cela m'a fait voir qu'en effet il règne le bonheur, la joie dans ce Beau Quartier, que c'est un endroit merveilleux, ou les gens prennent enfin le temps de vivre et y sont heureux, mais que aussi c'est un endroit ou tu te retrouve vite seul, fasse a soi-même. C'est a ce moment la que tu prends conscience que tu n'est qu'une infime poussière dans cette ville, dans ce monde. Et ce que j'ai également retenu...c'est que l'herbe n'est pas toujours plus vertes de l'autre coté de la clôture.

# Posté le lundi 04 juin 2007 17:08

Modifié le mardi 05 juin 2007 12:01

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